En Marge de l'Actualité N° 46 - 16 Novembre 2011

Publié le par Mission Catholique

« Limites du capitalisme et de sa philosophie »

 

Mgr. Hubert Coppenrath, archevêque émérite

 

Adam Smith, le fondateur du capitalisme, a développé dans son livre "La richesse des nations" l'idée que le moteur de l'économie est l'intérêt, autrement dit l'égoïsme. Ce n'est pas sur la charité de mon boucher que je dois compter pour qu'il me fournisse de la bonne viande, mais plutôt sur l'intérêt qu'il a, s'il veut gagner beaucoup d'argent, à me fidéliser en me fournissant une viande de bonne qualité.

Il est vrai que le capitalisme a montré son efficacité. Les Chinois ont bien mesuré cette efficacité quand ils ont abandonné le socialisme marxiste pour entrer tout doucement dans le capitalisme. Cependant ces temps de crise nous montrent aussi les limites de la confiance que l'on peut accorder à l'intérêt individuel comme moteur de la prospérité. Adam Smith estimait que la concurrence des intérêts allait réguler les abus de l'égoïsme. Mais nous pouvons constater que ce n'est pas ce qui s'est passé aux Etats-Unis quand la soif de profit a conduit les banques et les acteurs de la finance à ruiner leurs clients.

Ce n'est pas non plus ce qui s'est passé dans tous ces pays où à force de faire vivre le pays au-dessus de ses moyens pour caresser les électeurs dans le sens du poil, des dettes colossales se sont accumulées qu'il faut maintenant assumer.

La crise s'installe et il faudrait réduire les dépenses et demander aux citoyens des prestations supplémentaires. Mais le capitalisme a tué la solidarité et personne ne veut se sacrifier. Quand il faudrait travailler davantage pour échapper au désastre, on multiplie les grèves ; quand il faudrait renoncer à des privilèges, on s'y refuse absolument ; quand il faudrait que les plus riches renoncent à une part de leurs revenus, ils s'évertuent à nous faire croire qu'il est de l'intérêt général qu'ils conservent leurs revenus en totalité.
Nous nous rendons compte que le moteur d'Adam Smith est grippé, il ne fait plus avancer l'économie, pire il l'a fait reculer. Jusqu'où faudra-t-il aller pour nous faire comprendre que seul l'esprit solidarité pourra permettre de prendre les mesures nécessaires pour sortir de la crise.

 + H.C.

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Publié dans Église locale

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